Depuis le 14 octobre 2025, Microsoft ne publie plus de mises à jour de sécurité pour Windows 10. Pour les PME qui ont des postes encore sous Windows 10 — et elles sont nombreuses — cela signifie une chose concrète : chaque jour qui passe, ces machines deviennent un peu plus vulnérables. Ce guide vous explique ce que ça change vraiment, comment évaluer votre situation et quelle séquence adopter pour traiter le sujet sans panique ni improvisation.
Ce que "fin de support" veut dire vraiment
Fin de support ne veut pas dire que Windows 10 cesse de fonctionner du jour au lendemain. Vos postes démarrent, vos logiciels tournent, vos utilisateurs travaillent. Ce qui change, c'est que Microsoft ne corrige plus les failles de sécurité découvertes dans le système d'exploitation. Or des failles sont découvertes en permanence — plusieurs dizaines par mois. Sans correctifs, elles restent ouvertes indéfiniment.
Pour un poste isolé à la maison, c'est un risque gérable. Pour une PME avec 10, 20 ou 50 postes connectés au même réseau, au même serveur, aux mêmes boîtes mail, c'est une autre histoire. Une machine compromise peut servir de point d'entrée pour atteindre tout l'environnement : serveurs, données, messagerie, sauvegardes.
Les attaquants scannent activement les systèmes non patchés. Un Windows 10 sans mises à jour n'est pas une cible théorique — c'est une cible réelle et visible pour les outils automatisés qui cherchent des vulnérabilités connues.
Windows 10 Extended Security Updates : l'option payante
Microsoft propose un programme ESU (Extended Security Updates) qui permet de continuer à recevoir des correctifs de sécurité pour Windows 10 jusqu'en octobre 2028, moyennant un abonnement annuel payant. En 2025, le coût est de 61 € par poste pour la première année, avec un doublement chaque année (122 € en 2026, 244 € en 2027).
Cette option est pertinente si vous avez quelques postes qui ne peuvent vraiment pas migrer dans l'immédiat (logiciel métier incompatible, matériel non renouvelable à court terme). En revanche, la financer comme alternative au renouvellement du parc devient rapidement plus coûteux que de changer les postes.
Windows 11 : tous les postes ne sont pas compatibles
Microsoft a rendu Windows 11 exigeant sur le matériel. Les prérequis principaux :
- Processeur : Intel 8e génération ou plus récent (Core i3/i5/i7 8xxx+), AMD Ryzen 2000+ — les processeurs antérieurs ne sont pas supportés officiellement
- RAM : 8 Go minimum (4 Go non supporté)
- TPM 2.0 : puce de sécurité matérielle, présente sur la plupart des postes depuis 2016 mais parfois désactivée dans le BIOS
- Secure Boot : doit être activé dans le BIOS
- Stockage : 64 Go minimum
Beaucoup de postes achetés entre 2017 et 2020 ne passent pas ces critères — principalement à cause du processeur ou du TPM désactivé. Dans ce cas, vous avez deux options : vérifier si l'activation du TPM dans le BIOS suffit (possible sur beaucoup de postes 2017-2019), ou renouveler le poste.
Il existe des méthodes pour forcer l'installation de Windows 11 sur des postes non compatibles. Nous les déconseillons en environnement professionnel : elles créent une instabilité potentielle et Microsoft peut bloquer les mises à jour ultérieures sur ces configurations.
Comment évaluer votre parc : la démarche concrète
La première chose à faire est un inventaire précis. Pour chaque poste, il faut connaître :
- Le modèle et l'année d'achat
- Le processeur (pour évaluer la compatibilité Windows 11)
- La présence et l'état du TPM
- Les logiciels métiers installés et leur version
- Le niveau de criticité du poste (direction, accès aux données sensibles, simple saisie…)
Cet inventaire peut être réalisé via des outils de gestion de parc (RMM) en quelques heures sur l'ensemble du réseau. C'est exactement le type d'audit que nous faisons avant de proposer un plan de migration. Le résultat : une liste priorisée avec, pour chaque poste, la recommandation (mise à jour Windows 11, ESU temporaire, ou renouvellement).
Faut-il tout changer d'un coup ?
Non, et ce serait rarement une bonne idée. Un renouvellement de parc par vagues est généralement plus réaliste et moins perturbateur pour une PME. La logique de priorisation :
- Priorité haute : postes de direction, comptabilité, accès aux données sensibles, postes avec accès administrateur
- Priorité moyenne : postes utilisateurs standards avec accès réseau
- Priorité basse : postes isolés, postes dédiés à une application spécifique non sensible
Sur cette base, un plan sur 6 à 12 mois est généralement faisable sans bouleverser les équipes. L'objectif n'est pas la perfection immédiate — c'est d'éliminer les postes les plus exposés en priorité, tout en gardant les activités en cours.
Que faire si vous avez des applications incompatibles Windows 11 ?
C'est le cas le plus fréquent et le plus délicat. Un logiciel métier ancien qui ne fonctionne pas sous Windows 11 bloque la migration de son poste hôte. Plusieurs solutions existent :
- Mode de compatibilité : Windows 11 peut faire tourner la plupart des applications conçues pour Windows 7/8/10. À tester avant de conclure à l'incompatibilité.
- Machine virtuelle dédiée : le logiciel tourne dans une VM Windows 10 (ou même Windows 7) sur un poste Windows 11. Solution fiable mais plus complexe à gérer.
- Mise à jour du logiciel : souvent la meilleure solution à long terme, mais qui nécessite de coordonner avec l'éditeur et de prévoir une phase de test.
- Poste dédié sous ESU : si le logiciel est critique et non migrablef à court terme, un poste Windows 10 sous ESU le fait tourner jusqu'à 2028, en attendant une solution pérenne.
Ce point doit absolument être identifié avant le renouvellement du poste, pas après. Un utilisateur qui découvre que son logiciel métier ne fonctionne plus le jour de la migration est une situation à éviter à tout prix.
La migration vers Windows 11 : ce qui change au quotidien
Pour les utilisateurs, Windows 11 est une évolution, pas une révolution. L'interface principale change (menu Démarrer centré, barre des tâches redessinée), mais les usages restent identiques. Les points d'attention :
- Le menu contextuel (clic droit) est simplifié — certaines options sont cachées derrière "Afficher plus d'options". Certains utilisateurs le trouvent déroutant au début.
- L'explorateur de fichiers a une nouvelle interface. Fonctionnellement identique, mais les habitudes visuelles changent.
- Teams est pré-installé. Si vous n'utilisez pas Teams, il peut être désinstallé ou ignoré.
- La gestion des paramètres a été réorganisée. Les utilisateurs qui personnalisaient beaucoup leurs paramètres devront s'adapter.
Dans notre expérience, la formation nécessaire pour la transition est minime — généralement une courte session de 30 minutes suffît pour couvrir les changements visibles. La migration elle-même (sur un poste compatible) prend 1 à 2 heures.
Ce qu'Evoir fait concrètement
Nous avons accompagné plusieurs PME parisiennes dans la transition Windows 10 → Windows 11 depuis 2024. Notre approche : audit du parc d'abord (compatibilité, logiciels, criticité), plan de migration par vagues ensuite, exécution avec un impact minimal sur la production. Les migrations se font généralement hors des heures de travail ou sur des demi-journées planifiées à l'avance.